Aussi bien vous le dire tout de suite : Hawai’i est un milieux d’hommes. Que ce soit pour surfer les vagues, pour l’armée, ou pour la nature sauvage – nombreux sont les hommes qui partent du mainland pour s’établir à Hawai’i. À l’inverse, très peu de femmes y voyagent seules, comme je l’ai fait.
En fait, pour bien tomber dans le cliché, les touristes à Hawai’i se divisent essentiellement en 3 catégories :
1. Les couples en lune de miel,
2. Les gars maniaques de surf,
3. Les fefilles avec leur valise à roulettes qui viennent en gang boire des piña coladas.
Ces dernières, vous l’aurez compris, ne s’aventurent guère plus loin que la plage devant leur hotel. Alors moi, quand je débarque avec ma tente et mon pack-sack, et que je pars faire du camping toute seule… bien je me fais ou tout p’tit peu remarquer.
Ainsi, plusieurs des endroits où j’ai eu la chance de poser ma tente le temps d’une soirée m’ont fait rencontrer des hommes sympathiques, généreux, et soyons bien honnêtes, tout simplement heureux d’avoir un peu de compagnie féminine.
À Malaekahana, Dave, Casey et Garrett, gars de la construction qui se tapaient une p’tite semaine de camping m’ont invitée à me joindre à leur BBQ. Le lendemain matin, Dave me croise sur la plage et m’invite à déjeuner, puis décide de me faire découvrir le coin et m’amène sur Goat Island, une petite île au large accessible à pieds à marée basse. Trippant.
À mon passage à Halei’wa, je réalise lors de mon arrivée au site de camping qu’il n’est habité que par des sans-abris. Avant même que j’aie le temps de déposer mon sac, Michael, sa bedaine de bière à l’air et ses long cheveux grisonnants bien emmêlés, vient interroger l’intriguante inconnue qui vient s’installer sur son territoire… En peu de temps, il m’invite à me joindre à sa bande pour le souper, et retourne se cacher dans sa minuscule tanière. Alors que je monte ma tente, Jay, tout jeune ex-militaire qui habite la tente voisine, vient m’offrir une bière et me piquer une jasette. Je n’ai jamais mangé autant et aussi bien que ce soir là, entourée de Michael, Jay, Alan le filipino, John et sa guitare, et les autres. Ils ne possèdent pas grand chose, mais leur coeur est toujours aussi grand.
Au camping d’O'heo Gulch sur les flancs de Haleakala, à Maui, Danny et Ricky sont paisiblement assis à la table à pique-nique près de l’endroit où je décide de piquer ma tente. Ils me regardent faire, un peu amusés, et finalement m’offrent une bière. J’apprends alors que tous deux travaillent sur les sentiers du Parc National, ils dorment dans des tentes un peu plus loin pendant la semaine de travail, mais ils descendent régulièrement au camping pour jaser avec les visiteurs. Je jase longuement avec Danny, un jeune qui vient du Massachussets, mais qui voyage en travaillant dans des Parcs Nationaux partout au pays. Le lendemain, à mon retour au camping, j’aperçois au loin Ricky qui descend me rendre visite, accompagné d’un autre collègue. Ils m’invitent à monter avec eux, ils vont faire une bouffe, jouer aux fers… Je passe une soirée vraiment mémorable avec Ricky, Tyler, Danny et Dirk, à jouer aux fers, au poker, et jammer au ukulele.
(Et c’est sans compter les quelques hommes si accueillants qui m’ont hébergée chez eux le temps de quelques nuits.)
*
À chaque fois que je racontais à quelqu’un que je faisais du camping seule, on me disait courageuse, parfois même un peu fêlée. Pourtant, pas un instant je n’ai craint pour ma sécurité, car presque partout où j’allais, je rencontrais immédiatement des hommes incroyables, respectueux, heureux de me prendre sous leur aile un moment, sans jamais rien attendre en retour.
À tous ces hommes : merci.