Terre-Neuve, c’est pas seulement des paysages bruts, pratiquement intouchés, à vous couper le souffle ; des falaises, des fjords, de la roche – ben de la roche. Pas seulement des Icebergs, ces géants venus du Nord. Terre-Neuve c’est aussi ses gens – des gens fiers, simples, généreux et vrais. Si je me suis éprise de cette province, c’est surtout grâce à eux.
Ben, Jamie, Bill – les gars chez qui je suis resté à St-John’s, beaucoup plus longtemps que prévu d’ailleurs. Des gars drôles, un peu cinglés, qui font des pieds et des mains pour que tu te sentes chez toi, pour te faire découvrir leur ville qu’ils aiment tant, pour te présenter des tas de gens. Ils nous ont emmené nous faire « screecher », moi et 2 autres voyageurs de passage chez eux. En gros, cette cérémonie typique réservée aux touristes consiste a réciter des paroles incompréhensibles (long may yer big jib draw!), manger du baloney (newfie steak), embrasser une morue et boire un shooter de Screech, du rhum de Terre-Neuve. Puis on se fait baptiser avec une rame, et on reçoit finalement un certificat attestant que nous sommes de vrais Newfies. All good fun.
À notre arrivée à St-Anthony, tout au Nord de la peninsule rejoignant le Labrador, il faisait un temps de chien. Bourrasques, pluie, température glaciale, brouillard terrible nous empêchant de voir la douzaine d’Icebergs qui flottaient présentement au large de la ville. On s’est réfugiés dans la boutique de souvenirs à Fishing Point, où on a fait la rencontre de Monty, son sympathique propriétaire. Après avoir passé une nuit dans la voiture pas loin de là, on y retourne le matin et Monty nous sert du thé, du chocolat chaud, et des tartines avec confiture de baies locales.
À Winterton, on cherchait un endroit où piquer notre tente au camping (qui était en fait plutôt un parc a roulottes) du village. Un homme vient nous voir, nous indique un spot gazonné près du lac, nous dit qu’on peut camper là, et venir payer au proprio le lendemain matin. On apprend ensuite que cet homme n’est nul autre que le maire du village, et il nous invite de ce pas à embarquer dans son pick-up et nous fait faire le tour du parc alors qu’il nous raconte sa construction qui date d’une dizaine d’années. J’ai jamais vu quelqu’un être aussi fier d’un parc à roulottes – mais bon, il faut dire que c’était un maudit beau parc à roulottes.
À Twillingate, mon ami Yusuf décide de débourser les 40$ nécessaires pour embarquer sur un bateau qui l’emmènera à proximité des Icebergs. Mon budget étant un peu serré, je choisis de ne pas l’accompagner et d’attendre sur la rive et me promener dans le village. Juste avant qu’il embarque dans le bateau, son propriétaire vient me voir et me dit d’embarquer, gratuitement. Son bateau étant presque vide aujourd’hui, il ne voit pas d’inconvénient d’embarquer une personne de plus, tant que je ne laisse pas savoir aux autres que je n’ai pas payé. Les icebergs sont époustouflants, et à mon retour sur la terre ferme je vais acheter plein de confitures à sa femme qui tient la boutique de souvenirs.
Grey River est un petit communauté d’à peine plus de 100 habitants, rejoignable seulement par bateau. Je vais y faire du camping avec Lita, une autralienne rencontrée à St-John’s. Au magasin général, on nous dit qu’il est sans doute possible d’utiliser l’internet à l’école du village. Celle-ci est constituée de deux classes : une classe primaire (8 élèves) et une classe secondaire (5 élèves). La secrétaire sort d’abord un des ados de sa classe pour qu’il nous ouvre la salle d’informatique, mais l’internet n’y fonctionne pas – on nous envoie alors toutes les deux au fond de la classe primaire, où on jure de ne pas dire un mot puisque quelques uns de ces élèves sont en examen. À côté de moi, un p’tit blond travaille sur un Powerpoint : Ce que je préfère du Canada c’est Grey river, parce que c’est super beau et que c’est chez moi.
Plus tard ce même jour, alors que Lita et moi étions à notre camping sur le bord de l’eau, un petit bateau à moteur passe. Il fait demi-tour et Brad, le p’tit blond de la classe d’école nous demande si on veut monter faire un tour. On embarque en compagnie de Jamie (son frère jumeau), Jake le gentil toutou avec qui je jouait plus tôt dans le village, leur mère et Ken, un homme avec qui nous avions jasé un brin au courant de la journée. On nous emmène au fond de la baie, qui ne semble plus finir, remplie de plages, de chalets et de phoques qui jouent à cache-cache. Au retour, ils nous invitent chez eux, me servent un thé dans une tasse du Canadien de Montréal (s’ensuit un débat avec Brad, qui prend pour les Maple Leafs). Les jumeaux insistent pour nous raccompagner jusqu’à notre camping, mais comme il se fait tard on les laisse à la bordure du village. Sur le sentier menant à notre tente, on croise une gentille famille qui venait justement nous rendre visite avec quelques bières.
On était sur le petit ferry qui nous emmenait à Grey River depuis François (prononcez Frannswé), où l’on avait exploré les rochers et falaises avoisinants pendant plus de 6 heures la veille. Un des hommes de l’équipage, nous voyant sur le bateau pour la 2e fois en 3 jours et déduisant que nous avions fait du camping, nous offre d’utiliser la douche de l’équipage si on le désire. Ce que je trouve incroyable de ces gens, c’est que t’as même pas besoin de demander – ils donnent sans penser. Ou bien peut-être qu’on puait vraiment.
On a débarqué à Bay de Verde aux alentours du crépuscule. Ce petit village, tout au bout de la route, est perché entre falaises escarpées et caps gazonnés. Dans la marina, des pêcheurs déchargeaient les bateaux alors que les goélands reluquaient leurs prises de la journée. Plus loin dans la baie flottait un énorme Iceberg qui s’amusait à nous renvoyer les rayons orangés du soleil qui disparaissait. C’était d’une beauté époustouflante, et tout ce que j’arrivais à penser c’est : j’espère que ces gens sont conscients qu’ils habitent au paradis.
Tant de gens, tant d’histoires… je reviens la tête bien remplie.








